Depuis la loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (dite loi SREN), promulguée le 21 mai 2024, un site diffusant du contenu pornographique ne peut plus se contenter d’une case « je certifie avoir 18 ans ». L’éditeur doit mettre en place un dispositif technique de vérification d’âge conforme au référentiel de l’Arcom, respectueux du principe de double anonymat et compatible avec le RGPD. Voici comment cette obligation se traduit concrètement, étape par étape.
L’interdiction de rendre un contenu pornographique accessible à un mineur n’est pas nouvelle : elle découle de l’article 227-24 du code pénal. Ce qui change, c’est le niveau d’exigence sur les moyens. La loi SREN confie à l’Arcom le pouvoir d’établir un référentiel technique décrivant les caractéristiques minimales attendues d’un système de vérification d’âge, et de sanctionner les manquements, jusqu’au blocage et au déréférencement du service en France.
Autrement dit : un mur d’avertissement, un bouton « entrer » ou une déclaration sur l’honneur ne constituent plus une mesure de protection. L’éditeur doit être capable de démontrer qu’un utilisateur a effectivement franchi un contrôle d’âge robuste avant d’accéder au contenu, y compris sur les pages d’aperçu, les vignettes et les extraits gratuits.
Le référentiel adopté par l’Arcom s’appuie sur une exigence structurante : le double anonymat, recommandé de longue date par la CNIL. Le mécanisme repose sur la séparation stricte de deux rôles.
Cette architecture répond à une objection légitime des internautes : personne ne souhaite associer son nom, sa pièce d’identité ou son visage à ses habitudes de consultation. Un dispositif qui obligerait l’éditeur à collecter directement une carte d’identité serait non seulement contraire au référentiel, mais aussi un risque juridique et réputationnel majeur en cas de fuite de données.
Trois pratiques sont à éliminer d’un audit de conformité :
Plusieurs familles de solutions permettent d’atteindre le niveau attendu, souvent combinées pour offrir un choix à l’utilisateur :
La conformité ne se joue pas seulement sur l’efficacité du filtre. Elle se joue aussi sur la façon dont les données circulent. Quatre réflexes s’imposent.
La CNIL (3 place de Fontenoy, TSA 80715, 75334 Paris Cedex 07, cnil.fr) publie des recommandations sur les systèmes de vérification d’âge, et l’Arcom (Tour Mirabeau, 39-43 quai André Citroën, 75015 Paris, arcom.fr) met à disposition son référentiel et ses décisions. Ce sont les deux sources à suivre en priorité avant tout choix technique.
La question de la protection des mineurs en ligne dépasse la France : le règlement sur les services numériques impose aux plateformes des mesures appropriées, et les travaux européens sur l’identité numérique dessinent un futur où une attestation de majorité pourra être présentée depuis un portefeuille d’identité. Pour un éditeur, l’enjeu pratique est d’adopter dès maintenant une architecture modulaire, capable d’ajouter un nouveau fournisseur de preuve d’âge sans refondre le tunnel d’accès.
Non. L’auto-déclaration n’est pas considérée comme une mesure de protection des mineurs. Elle doit être remplacée par un dispositif technique de vérification d’âge conforme au référentiel de l’Arcom.
Non. Des mineurs peuvent détenir une carte de paiement, ou utiliser celle d’un proche. Le paiement peut compléter un dispositif, mais il ne constitue pas à lui seul une preuve d’âge acceptable.
C’est le fait que le vérificateur d’âge ne sache pas quel site vous visitez, et que le site ne sache pas qui vous êtes : il ne reçoit qu’une attestation de majorité.
Dès lors qu’un service est accessible depuis la France et y diffuse du contenu pornographique, l’autorité de régulation peut engager une procédure et demander des mesures de blocage ou de déréférencement, quel que soit le pays d’hébergement.
Pas nécessairement. Une preuve d’âge peut rester valide pendant une durée limitée, via un jeton sécurisé. Il faut arbitrer entre confort d’usage et risque de partage d’appareil, puis documenter ce choix.
La loi SREN, promulguée le 21 mai 2024, interdit les simples cases « je certifie avoir 18 ans ». Les éditeurs doivent désormais mettre en place un dispositif technique robuste de vérification d’âge conforme au référentiel de l’Arcom, capable de démontrer qu’un utilisateur a effectivement franchi un contrôle d’âge avant d’accéder au contenu.
Le double anonymat sépare strictement deux rôles : le fournisseur de preuve d’âge vérifie l’âge sans jamais savoir quel site est consulté, tandis que l’éditeur reçoit une attestation de majorité valide sans connaître l’identité de la personne ni comment son âge a été établi. Cela protège la vie privée des internautes.
L’Arcom peut sanctionner les manquements en bloquant et en déréférençant le service en France. Les éditeurs doivent être capables de démontrer qu’un contrôle d’âge robuste s’applique à tout le contenu, y compris les pages d’aperçu, les vignettes et les extraits gratuits.
Oui, le dispositif technique de vérification d’âge doit être conforme au RGPD, ce qui s’ajoute aux exigences du référentiel de l’Arcom et au respect du double anonymat pour la protection des données personnelles.
Non, cette interdiction existe depuis longtemps et découle de l’article 227-24 du code pénal. Ce qui est nouveau, c’est le niveau d’exigence technique imposé par la loi SREN pour la mettre en œuvre.