Réseaux sociaux et moins de 15 ans : ce que le référentiel de l’Arcom impose vraiment aux plateformes

Publié le 6 septembre 2026

Une plateforme sociale accessible aux mineurs ne peut plus se contenter d’une case à cocher « j’ai plus de 15 ans ». Le cadre français, construit par la loi sur la majorité numérique puis par la loi SREN, impose une vérification d’âge fiable, robuste et respectueuse de la vie privée, dont l’Arcom fixe les exigences techniques dans un référentiel. Traduction opérationnelle pour un éditeur : un tiers indépendant vérifie l’âge, la plateforme ne voit jamais l’identité, et le vérificateur ne sait jamais quel service est consulté. C’est le principe du double anonymat.

Deux textes, deux calendriers : ne pas confondre SREN et majorité numérique

La confusion est fréquente en comité de direction, elle coûte cher en arbitrages. Deux dispositifs coexistent.

  • La loi du 7 juillet 2023 sur la majorité numérique : elle fixe à 15 ans le seuil à partir duquel un mineur peut s’inscrire seul sur un réseau social, et impose le recueil du consentement d’un titulaire de l’autorité parentale en dessous. Son application a été suspendue au dialogue avec la Commission européenne, le droit de l’Union encadrant strictement les obligations imposées aux services établis dans un autre État membre.
  • La loi SREN du 21 mai 2024 : elle a donné à l’Arcom le pouvoir d’adopter un référentiel technique de vérification de l’âge, d’abord opposable aux services diffusant des contenus pornographiques, avec un régime de mise en demeure et de blocage. Ce référentiel, adopté à l’automne 2024, est devenu la référence méthodologique de fait pour toute vérification d’âge en France.

Ajoutez-y l’article 28 du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui oblige les plateformes accessibles aux mineurs à garantir un niveau élevé de sécurité et de confidentialité, et les lignes directrices de la Commission européenne sur la protection des mineurs. Le message convergent est simple : le déclaratif est mort, la collecte massive de pièces d’identité aussi.

Ce que le référentiel de l’Arcom impose concrètement

Le double anonymat n’est plus une bonne pratique, c’est une exigence

C’est le point structurant, hérité des recommandations de la CNIL. Le dispositif doit reposer sur un tiers vérificateur indépendant de la plateforme. Concrètement, deux cloisons étanches :

  • La plateforme reçoit une attestation d’âge (« majeur », « plus de 15 ans ») sans jamais accéder à l’identité, au document ou aux données de la personne.
  • Le vérificateur authentifie l’âge sans jamais savoir sur quel service l’attestation sera présentée.

Toute architecture où l’éditeur récupère lui-même une copie de carte d’identité, même « le temps de la vérification », est hors référentiel. Et hors RGPD, principe de minimisation à l’appui.

Fiabilité et robustesse : résister au contournement

Le référentiel attend une solution qui tienne face aux tentatives réelles de contournement : réutilisation du compte d’un adulte, document emprunté, capture d’écran, deepfake, injection vidéo, VPN. Un test de vivacité, une détection d’attaque par présentation et une gestion sérieuse des sessions ne sont pas des options marketing, ce sont des critères de conformité. Une preuve d’âge doit être liée à la personne qui l’utilise, pas à un appareil que trois ados se passent en récréation.

Minimisation, conservation, alternatives

Trois obligations pratiques à inscrire au cahier des charges :

  • Aucune conservation inutile : les données d’identité servent à produire une preuve, puis disparaissent. Pas de base d’identités adossée à une base d’usages, sous peine de créer exactement le fichier que personne ne veut voir fuiter.
  • Plusieurs chemins de vérification : document d’identité, mais aussi vérification par un fournisseur d’identité, un opérateur ou un moyen bancaire. Refuser d’imposer un canal unique, c’est aussi de l’inclusion numérique.
  • Transparence : information claire de l’utilisateur sur ce qui est traité, par qui, et pendant combien de temps.

Prouver sa conformité, pas la revendiquer

Face à l’Arcom, l’engagement de bonne foi ne pèse rien. Il faut être capable de produire une documentation d’architecture, les résultats de tests de robustesse, une analyse d’impact relative à la protection des données, et les preuves d’indépendance du tiers vérificateur. Ce dossier se construit avant la mise en demeure, pas après.

Ce que cela change dans le backlog d’une plateforme sociale

Pour un DSI, le sujet n’est pas « ajouter un écran de vérification ». Il touche au parcours d’inscription, au modèle de données et au support client. Les chantiers réels :

  • Séparer l’attribut d’âge de l’identité dans le modèle de compte, avec un statut vérifié et une date d’expiration.
  • Gérer la re-vérification lors des moments sensibles : changement d’appareil, réactivation d’un compte dormant, accès à des fonctionnalités restreintes.
  • Prévoir le parcours de consentement parental sous 15 ans, avec vérification du lien d’autorité et non un simple e-mail cliqué.
  • Documenter les cas d’échec : que se passe-t-il si l’utilisateur n’a pas de document, ou si la vérification échoue trois fois ?
  • Mesurer le taux d’abandon. Une conformité qui détruit 40 % de l’inscription ne survivra pas à la première revue de croissance.

Pourquoi l’estimation faciale seule ne suffit pas

L’estimation d’âge par analyse d’image progresse, elle est utile en première barrière et évite de sortir un document. Mais autour de 15 ans, la marge d’erreur reste précisément là où la loi place le seuil. Un dispositif crédible combine donc estimation, preuve forte en cas de doute, et résistance à la fraude. C’est le sens de l’approche par niveaux d’assurance : le niveau exigé dépend du risque du contenu, pas du budget disponible.

La réponse d’IDxLAB : GreenBadg

Nous avons construit GreenBadg sur cette contrainte, pas autour d’elle. La technologie repose sur un double anonymat natif : la plateforme intègre une API, reçoit une attestation d’âge cryptographique, et ne stocke aucune donnée d’identité. De notre côté, nous ne savons pas quel service la personne consulte. Ce choix d’architecture a été validé dans l’usage le plus exigeant qui soit, la diffusion de contenus pour adultes, avec des acteurs comme le groupe Dorcel, avant d’être décliné sur des contrôles d’accès physiques et des parcours phygitaux, notamment dans l’univers événementiel et industriel.

IDxLAB est né et opère depuis l’écosystème French Tech Aix-Marseille, avec des partenaires industriels comme CMA CGM et une présence régulière dans les médias économiques, dont BFM Business. Nous ne commentons pas la réglementation, nous livrons le composant qui permet de s’y conformer sans transformer une plateforme sociale en fichier d’identités.

Références utiles : l’Arcom, Tour Mirabeau, 39-43 quai André-Citroën, 75015 Paris (arcom.fr) et la CNIL, 3 place de Fontenoy, 75007 Paris (cnil.fr).

FAQ

Le référentiel de l’Arcom s’applique-t-il déjà aux réseaux sociaux ?

Le référentiel adopté en application de la loi SREN vise en premier lieu les services diffusant des contenus pornographiques. Pour les réseaux sociaux, l’obligation découle de la loi sur la majorité numérique et de l’article 28 du DSA. Mais les exigences techniques du référentiel, double anonymat, robustesse, minimisation, constituent le standard que tout régulateur français appliquera de fait.

Qu’est-ce que le double anonymat exactement ?

C’est une architecture à deux cloisons : la plateforme connaît le statut d’âge sans connaître l’identité, et le tiers vérificateur connaît l’identité sans savoir quel service est consulté. Aucune des deux parties ne peut reconstituer le profil complet de l’utilisateur, même en cas de fuite.

Une auto-déclaration d’âge est-elle encore acceptable ?

Non. Une case à cocher ou une saisie de date de naissance n’offre aucune fiabilité et ne satisfait plus ni le régulateur français ni les attentes européennes en matière de protection des mineurs.

Peut-on vérifier l’âge sans demander de pièce d’identité ?

Oui, plusieurs chemins existent : vérification via un fournisseur d’identité, un opérateur télécom, un moyen bancaire ou une estimation d’âge complétée par une preuve forte en cas de doute. Proposer plusieurs options réduit l’abandon et évite d’exclure les personnes sans document valide.

Combien de temps une vérification reste-t-elle valable ?

Il n’existe pas de durée universelle : elle se définit selon le risque, avec une re-vérification déclenchée par des événements sensibles, changement d’appareil, réactivation de compte ou accès à des fonctionnalités restreintes. Cette politique doit être documentée pour être opposable en cas de contrôle.